Résumé exécutif
L'écosystème mondial des startups quantiques compte 762 entreprises en 2025, selon Tracxn. Le financement cumulé atteint 11,1 milliards de dollars à travers 492 tours de table. Mais 2025 a marqué une rupture : 4,2 milliards levés sur la seule année 2025, contre 1,7 milliard en 2024, une accélération portée par des méga-tours et non par une augmentation du volume de deals. McKinsey chiffre l'investissement global (VC, corporate, marchés publics) à 12,6 milliards en 2025, soit une multiplication par dix en un an. Le marché pèse 3,62 milliards de dollars en 2025, devrait atteindre 5,09 milliards en 2026 (CAGR de 40,5 %), avec un ratio investissement/revenu de 17,7:1. L'argent finance l'infrastructure, pas la demande commerciale immédiate.
Cette ruée vers le quantique est dominée par le hardware, qui capte 72 % des financements cumulés (7,9 milliards de dollars). Mais le software et le cloud quantique connaissent la croissance la plus rapide. Les fonds spécialisés (Quantonation, QDNL, 55 North, Firgun Ventures) structurent un écosystème qui bascule des subventions publiques vers le capital-risque privé : la part des financements publics est passée de 33 % en 2024 à 3 % en 2025. La France, avec Pasqal, Quandela, Alice & Bob et la Stratégie Nationale Quantique dotée d'un milliard d'euros, figure parmi les trois leaders mondiaux de la deeptech quantique.
Les faits
- L'écosystème mondial des startups quantiques compte 762 entreprises en 2025. Le financement cumulé atteint 11,1 milliards de dollars à travers 492 tours de table (source : Tracxn, 2025).
- Le hardware quantique capte 7,9 milliards de dollars, soit 72 % du financement cumulé total (source : Tracxn, 2025).
- 4,2 milliards de dollars ont été levés par les startups quantiques en 2025, un record absolu, contre 1,7 milliard en 2024. 15 entreprises ont levé plus de 100 millions de dollars chacune (source : Tracxn ; McKinsey, repris par Les Échos, janvier 2026).
- McKinsey chiffre l'investissement global (VC, corporate, marchés publics) à 12,6 milliards de dollars en 2025, soit une multiplication par dix par rapport à 2024 (source : McKinsey, repris par Les Échos, janvier 2026).
- PsiQuantum a levé 1 milliard de dollars en Series E à une valorisation de 7 milliards de dollars en 2025. Quantinuum a levé 600 millions de dollars à 10 milliards de valorisation pré-money (source : Tracxn, 2025 ; Les Échos, janvier 2026).
- QuEra a levé 230 millions de dollars lors d'un tour mené par Google Quantum AI et SoftBank. Quantum Art a levé 140 millions en Series A (ions piégés). Sygaldry, fondé par Chad Rigetti, a levé 139 millions pour des serveurs quantiques dédiés à l'IA (source : Tracxn, 2025).
- Quantum Motion (silicium CMOS) a levé 160 millions de dollars en Series C (source : Sifted, novembre 2025).
- Le marché mondial de l'informatique quantique pèse 3,62 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 5,09 milliards en 2026, soit un CAGR de 40,5 %. Le ratio investissement/revenu est de 17,7:1 (source : The Quantum Insider, Intelligence Platform 2026).
- Le marché du cloud quantique (QCaaS) pèse 1,11 milliard de dollars, celui du software quantique 0,78 milliard (source : The Quantum Insider, 2026).
- La part des financements publics dans l'investissement quantique est passée de 33 % en 2024 à 3 % en 2025. Les fonds de capital-risque et les marchés publics assurent désormais 97 % du financement (source : McKinsey, repris par Les Échos, janvier 2026).
- 64 % des investissements mondiaux vont aux startups américaines, 18 % à l'Europe, le solde à l'Asie-Pacifique. Mais l'Europe est leader sur l'adoption corporate : 68 % des entreprises européennes expérimentent le quantique, contre 65 % aux États-Unis et 62 % en Asie-Pacifique (source : IQM, « State of Quantum 2026 », repris par The Quantum Insider, mai 2026).
- IQM (Finlande) a annoncé un SPAC valorisé à 1,8 milliard de dollars en 2026. Quantinuum prépare une IPO traditionnelle. Xanadu (Canada) vise le NASDAQ (source : Les Échos, janvier 2026 ; The Quantum Insider, mai 2026).
- La France figure parmi les trois leaders mondiaux de la deeptech quantique via la Stratégie Nationale Quantique (SNQ) dotée d'un milliard d'euros. Pasqal, Quandela et Alice & Bob forment le trio de tête français (source : Les Échos, janvier 2026).
- Quantonation, fonds français dédié à la deeptech quantique, a clos son second fonds à 220 millions d'euros. La SATT Paris-Saclay a levé 55 millions d'euros (source : Les Échos, janvier 2026).
- QDNL Participations et Ground State Ventures ont clos un fonds de 88 millions de dollars. 55 North (Finlande) vise 300 millions d'euros. Firgun Ventures (Israël) a atteint un first close de 70 millions de dollars (source : The Quantum Insider, mai 2026).
- Le marché mondial du conseil en sécurité post-quantique (PQC) était évalué à 822 millions de dollars en 2025 et devrait atteindre 2 622 millions de dollars d'ici 2032, avec un TCAC de 18,2 % (source : QYResearch, 2026).
Analyse stratégique
1. Le grand basculement : de l'argent public au capital-risque privé
Le financement de la deeptech quantique a connu une mutation structurelle en 2025. La part des subventions publiques dans l'investissement total est passée de 33 % en 2024 à 3 % en 2025. Les fonds de capital-risque, les corporate ventures et les marchés publics assurent désormais 97 % du financement. Ce basculement est le signal le plus fort de maturation de l'écosystème : les investisseurs privés prennent le relais des États parce qu'ils perçoivent une trajectoire de rendement crédible, même si le ratio investissement/revenu de 17,7:1 rappelle que la rentabilité est encore lointaine.
Ce basculement a une implication stratégique majeure : la gouvernance de l'innovation quantique change de mains. Les investisseurs privés exigent des jalons de valorisation et des horizons de sortie, ce qui accélère la pression pour démontrer des revenus commerciaux. Les startups qui dépendaient exclusivement des subventions publiques doivent désormais convaincre des VCs, ce qui favorise les acteurs capables d'articuler une proposition de valeur business, pas seulement une prouesse technologique.
2. La bataille des substrats se reflète dans les levées de fonds
Les méga-tours de 2025 ne sont pas distribués uniformément entre les plateformes technologiques. PsiQuantum (photonique) a levé 1 milliard de dollars. Quantinuum (ions piégés) a levé 600 millions. QuEra (atomes neutres) a levé 230 millions avec Google Quantum AI et SoftBank. Quantum Motion (silicium CMOS) a levé 160 millions. Chaque grande plateforme de qubits dispose désormais d'un champion fortement capitalisé. La photonique et les atomes neutres ont gagné du terrain en 2025, tandis que les ions piégés consolident leur position via l'IPO imminente de Quantinuum.
L'entrée de SoftBank dans QuEra aux côtés de Google Quantum AI est un signal fort. SoftBank, qui a historiquement investi dans les infrastructures de rupture (ARM, Alibaba), place un pari sur les atomes neutres. La valorisation de 7 milliards de dollars de PsiQuantum, pour une entreprise qui n'a pas encore livré de système commercial, indique que le marché valorise le potentiel de scalabilité de la photonique, perçue comme plus compatible avec les infrastructures de semi-conducteurs existantes. Sygaldry, fondé par Chad Rigetti, lève 139 millions pour des serveurs quantiques dédiés à l'IA, signalant une convergence émergente entre calcul quantique et intelligence artificielle qui pourrait redéfinir les architectures de data centers.
3. L'écosystème français : un leadership européen qui doit maintenant convertir l'essai
La France dispose d'atouts considérables dans la deeptech quantique. La Stratégie Nationale Quantique, dotée d'un milliard d'euros, a financé la recherche fondamentale et les premières phases de développement des startups. Pasqal (atomes neutres), Quandela (photonique) et Alice & Bob (qubits de chat) forment un trio de tête crédible au niveau mondial. Quantonation, fonds français spécialisé, a clos son second véhicule à 220 millions d'euros, démontrant la capacité de l'écosystème à attirer des capitaux privés.
Mais l'enjeu pour l'écosystème français est désormais le « scale-up gap » : passer de la preuve de concept aux revenus commerciaux récurrents, et de la subvention publique au financement de croissance. Les levées de Pasqal, Quandela et Alice & Bob restent inférieures aux méga-tours américains (PsiQuantum : 1 Md$, Quantinuum : 600 M$). La capacité de la place financière européenne à financer des tours de plusieurs centaines de millions d'euros pour des sociétés sans revenus significatifs sera déterminante. La SATT Paris-Saclay (55 M€) et le fonds 55 North (300 M€ cible) sont des signaux positifs, mais l'écart de capitalisation avec les États-Unis reste considérable.
4. La vague des IPO quantiques : le marché public entre en scène
L'année 2026 marque l'entrée des startups quantiques sur les marchés publics. IQM a annoncé un SPAC valorisé à 1,8 milliard de dollars. Quantinuum prépare une IPO traditionnelle. Xanadu vise le NASDAQ. Ces introductions en Bourse sont un test de maturité pour l'ensemble de l'écosystème : les marchés publics accepteront-ils de valoriser des sociétés dont les revenus sont encore très modestes (Quantinuum a réalisé environ 31 millions de dollars de revenus en 2025) sur la base d'une promesse technologique à horizon 2030-2035 ?
Le précédent Quantinuum est le plus scruté. Une IPO traditionnelle, avec due diligence complète et roadshow institutionnel, enverrait un signal plus fort qu'un SPAC, dont la réputation a souffert depuis 2022. Si Quantinuum réussit son introduction à une valorisation proche de ses 10 milliards de dollars pré-money, cela validera la thèse selon laquelle le quantique peut être une classe d'actif autonome pour les investisseurs publics. Si l'IPO déçoit, cela pourrait refermer temporairement la fenêtre pour les autres startups.
5. La sécurité post-quantique : le marché le plus immédiat
Parmi tous les segments de la deeptech quantique, la cryptographie post-quantique (PQC) est celui qui présente la traction commerciale la plus immédiate. Le marché du conseil PQC, évalué à 822 millions de dollars en 2025, devrait atteindre 2,6 milliards d'ici 2032. La raison est simple : la migration PQC est obligatoire (CNSA 2.0, feuille de route européenne, exigences ANSSI), et les entreprises n'ont pas le choix du calendrier. À la différence du hardware quantique, dont les revenus dépendent de l'arrivée d'un ordinateur tolérant aux pannes, la PQC répond à un besoin présent et régulé.
Les startups positionnées sur ce segment (SandboxAQ, PQShield, QSE) bénéficient d'un alignement rare entre urgence réglementaire, menace technique et budget de sécurité. SandboxAQ, spin-off d'Alphabet, a levé plus de 500 millions de dollars et se positionne comme le leader du segment. L'enjeu pour ces startups est de convertir l'avance technologique en parts de marché avant que les grands éditeurs de cybersécurité (Palo Alto Networks, Fortinet, CrowdStrike) n'intègrent la PQC dans leurs offres, ce qu'ils ont déjà commencé à faire.
Impact business et sectoriel
Capital-risque et investisseurs institutionnels. La deeptech quantique est devenue une classe d'actif identifiable, avec des fonds spécialisés (Quantonation, QDNL, 55 North, Firgun Ventures) et des méga-tours qui attirent les grands noms du VC (Google Quantum AI, SoftBank). Le ratio investissement/revenu de 17,7:1 exige une tolérance au risque et un horizon de sortie de 7 à 10 ans. Les investisseurs qui entrent maintenant parient sur la consolidation du secteur autour de quelques champions par plateforme technologique.
Grands groupes et DSI. L'adoption corporate du quantique progresse : 68 % des entreprises européennes expérimentent le quantique, selon l'étude IQM de mai 2026. Les cas d'usage les plus avancés concernent l'optimisation (logistique, finance), la simulation moléculaire (pharmacie, matériaux) et la cryptographie. Les DSI doivent intégrer le quantique dans leur veille technologique, non comme une menace lointaine mais comme une infrastructure émergente dont la courbe de maturation s'accélère.
Écosystèmes nationaux et politiques publiques. Le basculement du financement public vers le privé (de 33 % à 3 % en un an) ne signifie pas que les États doivent se désengager. La recherche fondamentale, la formation de talents et les infrastructures partagées (calculateurs, salles blanches) restent des biens publics que le marché ne financera pas spontanément. Les pays qui maintiennent un financement public stratégique (France avec la SNQ, Allemagne avec le plan quantique de 2 Md€) créent un socle sur lequel le capital-risque peut ensuite s'appuyer.
Secteur de la cybersécurité. La PQC est le segment de la deeptech quantique qui impacte le plus directement les entreprises. Les DSI doivent budgéter la migration PQC, évaluer les solutions des startups spécialisées et challenger leurs fournisseurs actuels sur leur roadmap. Le marché du conseil PQC (822 M$ en 2025, 2,6 Md$ en 2032) est un indicateur de la demande à court terme.
Ce qu'il faut retenir
L'écosystème des startups quantiques a franchi un cap en 2025. Les 4,2 milliards de dollars levés, le basculement du financement public vers le privé et l'annonce des premières IPO signalent que la deeptech quantique n'est plus un segment de R&D mais une classe d'actif à part entière. Mais la concentration du capital sur 15 entreprises ayant levé plus de 100 millions de dollars crée une asymétrie : les gagnants de la course au financement disposent de plusieurs années de runway, tandis que les 700 autres startups doivent démontrer une traction commerciale avec des moyens plus limités.
L'écosystème français est bien positionné mais doit maintenant franchir le « scale-up gap ». Pasqal, Quandela et Alice & Bob ont les atouts technologiques pour rivaliser avec les champions américains, mais leur capacité à lever des centaines de millions d'euros sur les marchés privés européens sera déterminante. La clôture du fonds Quantonation II à 220 M€ et l'émergence de 55 North (300 M€ cible) sont des signaux encourageants.
Pour les décideurs, la question n'est plus de savoir si le quantique arrivera, mais à quelle vitesse et sous quelle forme. La PQC est le segment à traiter en priorité, car la menace HNDL et les exigences réglementaires créent une obligation d'agir immédiate. Pour le hardware quantique, l'enjeu est de suivre la consolidation du secteur : les alliances, les acquisitions et les IPO de 2026-2027 dessineront le paysage concurrentiel de la décennie à venir. Les entreprises qui cartographient dès maintenant les cas d'usage quantique pertinents pour leur secteur seront les premières à capturer la valeur lorsque les systèmes tolérants aux pannes seront disponibles.


